FTLV et e-learning



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  • Lors du conseil européen de Lisbonne, en mars 2000, les chefs d’États et de gouvernements ont convenu de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance », compétitive et dynamique, pour permettre une croissance économique durable, l’amélioration du nombre et la qualité des emplois, et une plus grande cohésion sociale. La notion de formation tout au long de la vie (FTLV) est l’élément clé de cette stratégie. Elle peut être définie comme « toute activité d’apprentissage entreprise à tout moment de la vie, dans le but d’améliorer les connaissances, les qualifications et les compétences, dans une perspective personnelle, civique, sociale et/ou liée à l’emploi ».

    Les préconisations de la Commission européenne en la matière sont seulement incitatives : éducation et formation relèvent toujours de la compétence des États.

    En France, La FTLV débute avec la formation initiale, commencée depuis la prime enfance et achevée au terme d’un cycle d’étude, plus ou moins long, général ou technologique. Notons que l’apprentissage (ou formation en alternance) est intégré à la formation initiale. Cela se poursuit, pour les adultes et les jeunes déjà engagés dans la vie active (ou qui s’y engagent), par l’ensemble des situations où s’acquièrent des compétences : actions de formation continue, activités professionnelles, implications associatives ou bénévoles… Sont inclues les démarches d’orientation, de bilan, d’accompagnement vers l’emploi, de formation et de validation des acquis de l’expérience. Ces formations sont multiformes : apprentissage formel, tel qu’un cursus diplômant suivi à l’université ; apprentissage non-formel, telles que les compétences professionnelles acquises sur le lieu de travail ; apprentissage informel, tel que l’apprentissage intergénérationnel, par exemple lorsque des enfants apprennent à leurs parents à utiliser des nouvelles technologies, ou un ami à jouer d’un instrument de musique.

    En France, la formation continue est une obligation légale depuis 1971. Elle a pour but d’assurer aux salariés, employés ou demandeurs d’emploi, une formation destinée à conforter, améliorer ou acquérir des connaissances professionnelles. Selon l’article L6111-1 du Code du travail, la FTLV constitue elle aussi une obligation nationale. Elle vise à permettre à chaque personne, indépendamment de son statut, d’acquérir et d’actualiser des connaissances et des compétences, favorisant son évolution professionnelle, et lui permettant de progresser d’au moins un niveau de qualification au cours de sa vie professionnelle.

    Entre autres outil au service d’une politique d’emploi, la formation continue connaît périodiquement des réformes, qui tentent de répondre aux exigences conjoncturelles, aux transformations de l’outil de travail, aux évolutions sociétales. Dans cette perspective, l’enjeu de qualité de l’offre de formation continue constitue un élément phare des dernières réformes. Elle se traduit souvent par la recherche d’une plus grande personnalisation des dispositifs de formation des actifs[1]. Cet enjeu s’exprime dans le contexte spécifique du marché des prestataires de formation, marqué par une très forte segmentation. Les études de la DARES (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) et du CEREQ (centre d’études et de recherche sur les qualifications) fournissent les chiffres officiels, par le biais de l’annexe au projet de loi de finance. Parmi les enseignements, notons[2] :

    • Le marché de la formation continue en France totalise 13,55 milliards d’euros de chiffre d’affaire. Le chiffre de 32 milliards est souvent avancé par une presse désireuse de dénoncer un gaspillage inconsidéré[3]. Remarquons que ce marché, constituante de la FTLV, est comparativement 11 fois plus petit que le budget de l’Éducation Nationale (146 milliards en 2014[4]).
    • Il existe presque 63000 organismes de formation[5], encourageant l’effet de concurrence. Cette atomisation produirait un chiffre d’affaire moyen de 216.000 euros par organisme. En fait, 1 % de ces derniers réalisent 44 % des 13 milliards.
    • Le coût horaire moyen par heure stagiaire est de 11,73 euros.
    • 65 % des demandeurs d’emploi sont formés par des organismes publics[6] ou parapublics, ou encore des organismes privés à but non lucratif, alors que 70 % des salariés le sont par des organismes privés ou des formateurs indépendants. Il existe en fait deux marchés distincts, deux ambitions différentes (qualification ou requalification pour les premiers, adaptation pour les seconds). Ces marchés ne bénéficient pas des mêmes financements, des mêmes sources, voire des mêmes règles de financement.
    • 7 % des acheteurs de formation sont des particuliers, et dépensent 900 millions d’euros. Ils financent eux-mêmes leur formation.
    • 4 % des organismes de formation sont spécialisés dans le e-learning[7]. Mais la moitié (48 %) des prestataires intègre le numérique dans leur offre.

    L’interprétation de ces chiffres participent aux décisions stratégiques que chaque organisme de formation doit engager, afin de viser telle catégorie de public, tel statut, telle orientation (ouverture aux particuliers, aux marchés de niche…).

    Le secteur de la formation doit faire l’effort d’accomplir sa propre mue numérique[8]. La digitalisation de la formation professionnelle est susceptible de renouveler profondément les pédagogies et les parcours de formation ; elle peut, également, faire fortement évoluer le système de formation professionnelle, de façon congruente avec l’esprit des réformes législatives successives. Depuis 2004, législateur et partenaires sociaux confrontent les idées de formation tout au long de la vie et de sécurisation des parcours professionnels et recherchent une plus grande autonomie de l’individu : autant de sujets auxquels le e-learning peut sans doute contribuer.

    [1] La population active se définit comme l’ensemble des personnes en âge de travailler, et qui sont disponibles sur le marché du travail, qu’elles aient un emploi (population active occupée) ou qu’elles soient au chômage. À l’inverse, ceux qui ne cherchent pas d’emploi, comme les personnes au foyer, les étudiants, les personnes en incapacité de travailler, les rentiers ou les retraités constituent la population inactive.

    [2] Source : le jaune budgétaire 2016 consacré à la formation https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/sites/performance_publique/files/farandole/ressources/2016/pap/pdf/jaunes/jaune2016_formation_professionnelle.pdf.

    [3] Les 32 milliards intègrent les prestations de formation (les 13,55 milliards), mais aussi les efforts de formation interne des entreprises, de la fonction publique, et les salaires chargés des stagiaires (un salarié en formation continue de percevoir en règle générale l’intégralité de son salaire, pendant toute la durée de son absence formation).

    [4] En 2014, la contribution de l’État à la DIE (dépenses intérieures d’éducation) s’élève à 83,8 milliards d’euros, tous ministères confondus. Source : L’ÉDUCATION NATIONALE EN CHIFFRES, MEN 2014. La dépense totale pour l’éducation (État, collectivités territoriales, entreprises, ménages, etc.), s’élève à 146 milliards d’euros de dépense totale pour l’éducation (État, collectivités territoriales, entreprises, ménages, etc.), y compris l’enseignement supérieur…), dont 100 milliards pour l’enseignement scolaire, soit 7760 € par élève.

    [5] Les grands réseaux tels que les chambres consulaires, les GRETA, le CNAM… sont comptés par établissements, et non comme des réseaux en tant que tels. Ils contribuent au gigantisme du nombre d’organismes recensés en France.

    [6] Si les structures publiques et parapubliques ne représentent que 5% des structures spécialisées (AFPA, GRETA, CNAM, chambres consulaires, universités), elles réalisent 20% du chiffre d’affaire du secteur, formant 12% des stagiaires, et assurant plus de 22% des heures stagiaires.

    [7] Source : cabinet Rhexis®, 2017 (la formation en chiffres).

    [8] Rapport « la transformation digitale de la formation professionnelle continue », Inspection générale des affaires sociales (IGAS), mars 2017

     


    le 17/11/17


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