Empirisme



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  • Figure 1 – Catégorisation de l’empirisme

    Signature

    Il n’y a que des faits – la seule source de la connaissance est l’expérience. Et c’est en forgeant que l’on devient forgeron !

    Description

    « L’empirisme est une doctrine philosophique qui souligne le rôle de l’expérience dans la connaissance humaine, en minimisant la part de la raison ». Selon ce modèle, tout ce que l’apprenant sait ne peut donc provenir que d’une expérience vécue[1]. Pour les empiristes, tout vient de nos sens, et toute idée complexe s’élabore à partir d’idées simples, elles-mêmes construites à partir d’associations établies lors d’expériences passées. L’apprenant est une « table rase », une plaquette de cire sur laquelle l’expérience vient écrire. En ce sens, l’empirisme rejette tout modèle théorique. Son principe est « l’essai-erreur », et suppose une attention toute particulière aux faits, tels qu’ils se produisent : comprendre une réalité, c’est savoir de quoi elle est faite, quels faits la composent. Fortement liée à l’empirisme, l’associationnisme est une thèse philosophique concernant l’esprit et la connaissance, qui prétend expliquer par l’association des idées toutes les opérations intellectuelles, tous les principes de la raison et même tout l’ensemble de la vie mentale.

    S’oppose à…

    L’innéisme et au rationalisme, qui postulent au contraire que nos connaissances, idées et principes sont en chacun de nous, à priori. Platon, Descartes, Kant… ont prôné le courant opposé, l’idéalisme : pour eux, la nature ultime de la réalité repose sur l’esprit. Si le béhaviorisme est proche de l’empirisme, alors la Gestalt l’est de l’idéalisme. Chacune de ces théories est décrites dans ce WIKI.

    Grandes figures

    Aristote (384-322 av. J.C.) concevait la connaissance comme l’abstraction de formes intelligibles à partir des objets sensibles, l’abstraction consistant en l’effacement des particularités pour obtenir une définition universelle[2]. Aristote représente l’âme de l’apprenant par une tablette non écrite et la nomme au sens propre « faculté d’apprendre ». Platon, cependant, la représente par une tablette écrite et la nomme « faculté de s’instruire par remémoration ».

    L’homme d’état et philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), fut considéré comme le père de l’empirisme moderne, et fut le premier à établir les fondements de la science moderne et de ses méthodes.

    Le philosophe anglais John Locke (1663-1704) reprend la conception de l’esprit comme tabula rasa, la table rase qui reçoit les impressions comme de la cire : « il n’est rien dans l’intellect qui n’ait auparavant été dans la sensation ». Les empiristes anglais rejettent aussi l’idée de connaissances innées. Ces philosophes supposent que l’esprit de l’enfant est une « feuille vierge », une « table rase » et que son contenu provient de l’expérience sensorielle du monde extérieur. Ce contenu est fait de sensations, d’images et d’idées. John Locke pose les bases de la théorie associationniste : les idées s’associant sous l’influence de la contiguïté, de la ressemblance, de l’opposition.

    Le philosophe, écrivain, académicien et économiste français Étienne Bonnot de Condillac (1714-1780) est le premier représentant du courant empiriste en France. Il étudie les philosophes modernes, surtout John Locke. Il répand ses idées et pousse plus loin que son maître une philosophie empiriste propre à substituer à la métaphysique l’observation et l’étude des faits. Il décrit l’esprit humain comme un « objet de cire conservant en mémoire les empreintes qu’on y a moulées », considérant ainsi que le savoir s’imprime dans la tête de l’élève comme on pourrait l’imprimer sur une cire vierge. Le modèle empiriste se fonde par la suite sur l’idée d’imprégnation et de mémorisation.

    Et en e-learning ?

    Pour ancien et décrié qu’il est, ce modèle n’est toutefois pas totalement dépassé si l’on considère que, comme tout modèle, il possède un domaine d’application particulier. Car en effet, il décrit très exactement la manière dont on peut apprendre à la lecture d’un livre, à l’écoute d’une conférence et plus généralement dans toute situation de transmission frontale d’un savoir. Les médias portés par les dispositifs e-learning proposent ces canaux de transmission. La vision empiriste de la pensée s’est généralisée sous le dogme : « pour apprendre, il suffit d’être en situation de réception ». Le rôle du formateur est d’exposer clairement, de montrer avec conviction, éventuellement de répéter. Ainsi le modèle empiriste a donné naissance à tout ce qu’on nomme habituellement la « pédagogie frontale », où « celui qui sait » divulgue son savoir à « celui qui ne sait pas ». Le parallèle avec la distribution du savoir par le logiciel, la plate-forme, et cette capacité de refaire, faire répéter, semble correspondre au modèle : le cours distribué, la projection d’une séquence vidéo, la démonstration d’une expérience faite par un expert, sont des moyens usuellement adoptés en e-learning. Certains serious game ou programme pédagogique insistent sur la réalisation et la production de faits pour marquer l’apprenant (faire jusqu’à la réussite, en mode essais/erreur). L’avantage indéniable de cette pédagogie réside dans le fait qu’elle permet de donner un maximum d’informations à un maximum de personnes et dans un minimum de temps. En contrepartie, ses inconvénients sont multiples : les principaux résident dans la fréquente absence de questionnement des apprenants au regard des points abordés par le programme (le message n’est entendu que s’il est attendu) et dans le décalage inévitable qui s’installe entre le formateur (et les activités pédagogiques qu’il propose en ligne) et l’apprenant, le premier possédant des modes de raisonnement et un cadre de référence qui font défaut au second. Et finalement, le risque est grand pour le dispositif de formation de fournir des réponses incompréhensibles à des questions que les apprenants ne se posent pas, et d’omettre celles non anticipées. Par ailleurs, faire (et même bien faire), n’est pas comprendre. Aussi, le transfert du savoir risque d’être faible si l’environnement ou les circonstances de l’acte changent.

    [1] André GIORDAN, Professeur de Didactique des Sciences, directeur du Laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences (Genève). http://www.andregiordan.com/articles/apprendre/modalost.html.

    [2] Aristote, De l’Âme, III, 8 : « C’est pourquoi, si l’on n’avait pas la sensation on n’apprendrait rien, on ne comprendrait rien. ».

     


    le 17/11/17


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