Disruption



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  • Innovation disruptive, technologie disruptive, modèle disruptif… Le mot revient souvent chez les promoteurs d’applications, de stratégie ou de modèle pédagogique, de matériel…  Par ce terme, ils visent la mise en opposition avec l’innovation dite « classique » : l’innovation disruptive romprait totalement avec les anciens schémas et arriverait là où personne ne l’attend, tout en créant un phénomène de masse. Par exemple, en termes d’innovation disruptive, Steve Jobs a inventé l’iPad, car personne ne demandait cet appareil, mais lorsqu’il a été proposé, tout le monde se l’est arraché[1]. La disruption originelle porte sur le matériel (la tablette elle-même), mais entraîne d’autres nouvelles innovations, logicielles (applications spécifiques au format tablette), voire comportementales (modes d’utilisation, nomadisme, accès à l’information…). Être disruptif, c’est trouver de nouvelles idées, et de les concrétiser en empruntant une voie encore jamais explorée.

    La technologie est disruptive quand elle réinterroge la relation de l’homme à ses outils d’interaction et de pensée. La formation peut être le reflet de ce mouvement. Mais les bouleversements digitaux associés appellent à chercher de nouvelles questions plutôt que seulement pousser un peu plus en avant les réponses d’hier[2]. L’innovation en formation impacterait les organisations, et fait craindre la disparition de certains métiers ou fonctions[3]. Cette perspective explique peut-être le timide engagement d’un certain nombre d’acteurs.

    En formation professionnelle, nombre de marchands déclarent avoir inventé le nouvel espace stratégique où la concurrence n’est pas encore présente. Chaque nouveau modèle « disruptif » viendrait donc remplacer des modèles anciens, par principe obsolètes. Ces promesses de ruptures sont le plus souvent construites à partir d’archétypes : le format dominant de la formation serait le transfert et la distribution de savoir. Nous verrons plus tard par leur description que ces courants ont été largement critiqués et amendés au fil du temps, et que bien souvent la « disruption[4] » cache la redécouverte d’une recette ancienne.

    [1] Source : site DigitalInseders, le disco du digital.

    [2] CRISTOL, D. (2014), Former se former et apprendre à l’ère numérique. Paris : ESF.

    [3] Par exemple, d’après le World Economic Forum (WEF), les acteurs de la « vieille économie » seraient bousculés par les modèles disruptifs, et de nouveaux métiers émergeront alors que d’autres disparaîtront (un rapport de 2014 annonce la perte de 3 millions d’emplois en France d’ici 2025). D’après l’organisation, le choc « digital » (dématérialisation, robotisation, objets connectés, big data…) représenterait un défi sociétal majeur.

    [4] Notons que « disruption » est une marque appartenant à TBWA depuis 1992, groupe de communication américain dont le directeur, Jean-Marie Dru, est à l’origine du concept. C’est un professeur de Harvard, Clayton Christensen (1997) qui a imposé ce terme via son best-seller « Innovator’s Dilemma – ou l’innovation disruptive ».

     


    le 17/11/17


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